Lettre de 2 membres de la CeDpa à François Hollande

 Monsieur François Hollande
Président de la République
Palais de l’Elysée
58 rue Faubourg Saint Honoré
75 008 PARIS

Le Pellerin, le 28 novembre 2012

Monsieur le Président de la République,

Par  cette  lettre,  nous  sollicitons  votre  attention  sur  le  projet  d’aéroport  à  Notre-Dame-des-Landes (44). Nous sommes élus dans l’agglomération nantaise, adjointe au Maire à la mairie du Pellerin (44) et conseiller municipal à St Jean de Boiseau (44). Nous sommes membres du Collectif des élus qui doutent de ce projet d’aéroport (CeDpa).

Nous avons à Nantes un aéroport international reconnu comme l’un des meilleurs et primé  pour  ses  qualités  par  les  compagnies  aériennes  européennes  (en  2011,  Nantes-Atlantique a reçu le trophée ERA Award 2011-2012 du meilleur aéroport européen). Vivant à proximité, nous témoignons de la dynamique que créée cet équipement sur notre territoire. Nous  avons  vu  l’aéroport  « prendre  du  gallon »  pour  passer  de  l’aéroport  de  Château Bougon   et   devenir   l’aéroport   international   Nantes-Atlantique   en   1988.   C’est   une infrastructure  indispensable  au  Sud  Loire  de  l’agglomération  nantaise  car  il  y  fixe  des emplois, des services, et des revenus et ainsi participe de l’équilibre sur notre territoire.

Le transfert de notre aéroport induit inévitablement un transfert des emplois du sud Loire  vers  le  nord Loire.  Ce  sont  plus  de  2  000  emplois  associés  à  l’aéroport  qui  devront
transiter  par  le  pont  de  Cheviré  (déjà  largement  saturé)  pour  rejoindre  Notre-Dame-des-Landes. Les délocalisations d’entreprises qui créeraient des emplois, ça n’existe pas. Dans le contexte actuel, nous souhaitons davantage travailler pour assurer la pérennité des emplois et attirer de nouveaux industriels au Sud de l’agglomération nantaise. A ce titre, l’IRT Jules Verne  est  « un  bon  voisin »  pour  Nantes-Atlantique.  Inauguré  en  octobre  dernier  par  le Premier ministre Jean-Marc Ayrault et trois ministres de son gouvernement, l’IRT Jules Verne est  un  institut  de  recherche  technologique  spécialisé  dans  les  matériaux  de  demain  qui serviront à réaliser les avions, les bateaux et les voitures du futur. Des domaines d’activités tels  que  l’aéronautique,  la  construction  navale,  l’énergie,  les  transports  terrestres  déjà implantés  sur  notre  territoire  qui  accueille  la  plus  grande  éolienne  off-shore  au  monde  à Frossay,  l’arsenal  de  la DCNS  à  Indret et Airbus,  soit  la  plus  grande  entreprise européenne d’aéronautique, à Bouguenais.

Concernant  Airbus,  nous  sommes  inquiets  des  impacts  du  transfert  de  Nantes-Atlantique  à  Notre-Dame-des-Landes.  Près  de  400  caissons  centraux  de  voilure  (des
éléments d’avions), fabriqués à l’usine Airbus de Bouguenais, ont été transportés par le gros-porteur  Beluga  vers  une  autre  unité  de  l’avionneur  à  Hambourg,  l’an  dernier.  Ce  qui représente une soixantaine de rotations par an, à Nantes-Atlantique: soit un vol ou deux par semaine.  Airbus a besoin de  Nantes-Atlantique. Les  solutions  alternatives  étudiées ne  sont pas satisfaisantes pour l’industriel, notamment l’acheminement de tronçons par barge sur la Loire,  vers  la  piste  de  Saint-Nazaire,  d’où  ils  décolleraient  pour  Hambourg  (à  condition toutefois de revoir la voirie entre l’usine de Bouguenais et le quai de Loire). Cette solution entraîne une perte de temps et donc de performance inacceptable pour l’industriel. Tous les sites Airbus en Europe disposent d’une piste. S’en priver, c’est risquer à terme que, lors des choix sur les nouveaux programmes, les charges de travail « s’envolent » vers d’autres usines du groupe. Face aux délocalisations, il faut donner au site de Nantes le maximum d’atouts. Nous  sommes donc  unanimes  pour  demander  le  maintien  de la  piste  pour  Airbus. Mais  ce maintien  entraine  deux  grandes  questions :  le  coût  réel  du  maintien  et  qui  paye  quoi ? Airbus  n’a  pas  vocation  à  gérer  une  plateforme  aéroportuaire.  À  ce  jour,  le  fret  se  limite essentiellement à Airbus et au vol du Béluga. Le reste de l’activité est anecdotique. Pourtant il  s’agit  de  garantir  le  bon  fonctionnement  de  cette  piste  par  des  services  des  contrôleurs aériens,  des  services  de  sécurité  liée  à  la  piste  et  des  équipements  à  maintenir  en  état  de service. La presse spécialisée se fait l’écho d’une aide importante versée par les collectivités locales.  Si  le   montant  n’est  pas  encore  définitivement  déterminé,  il  viendra  néanmoins gonfler fortement alors le coût global du transfert de l’aéroport.

Autre  réalité  du  transfert  de  l’aéroport;  le  nouveau  franchissement  de  Loire  et  ses
éternelles  questions  « Où ?  Quand ?  Comment ?…  Et  combien ? ».  L’aéroport  de  Notre-Dame-des-Landes  sans  un  nouveau  franchissement  de  Loire  est  une  vue  de  l’esprit.  En septembre dernier, la ministre de l’écologie a annoncé le soutien du gouvernement dans le projet de réserve naturelle nationale sur l’Estuaire de la Loire. L’absurdité saute aux yeux : le transfert nécessitera un franchissement de Loire que la Réserve – que nous appelons de nos vœux  –  interdira.  Et  au-delà,  personne  à  ce  jour  n’est  à  même  d’évaluer  les  impacts environnementaux d’un tel franchissement et encore moins son coût qui, lui aussi, viendra gonfler sévèrement le coût global du transfert d’aéroport pour la collectivité.

Pour  le  sud  Loire,  le  projet  de  Notre-Dame-des-landes  est  synonyme  d’impasse  et vient  nous  interroger  sur  le  sens  que  nous  souhaitons  donner  à  notre  projet  au  cœur  des territoires : doit-on faire de l’aire nantaise une petite Italie : les riches au nord et les pauvres au sud ?

Nous contestons la construction d’un nouvel aéroport alors que la structure existante fonctionne parfaitement. Le projet de transfert de Nantes-Atlantique vers Notre-Dame-des-Landes  est  archaïque  car  il  arrive  à  un  moment  où,  contraints  par  la  dette  publique,  la raréfaction  des  ressources  et  l’envolée  de  leur  prix,  les  Etats  européens  renoncent  à certaines dépenses, notamment relatives aux grandes infrastructures de transport. Au-delà du classique débat sur l’implantation de ces grands travaux – qui provoque nécessairement des nuisances pour les habitants – une question émerge : quels moyens de transports faut-il désormais  privilégier ?  Les  autoroutes  et  les  aéroports,  principalement  utilisés  par  les catégories aisées et disposant déjà de nombreux moyens de transport, ou les transports de proximité  ?  Si  nous  avions  été  élus  dans  les  années  90,  on  vous  dirait  « les  deux ! »,  sauf qu’aujourd’hui le budget ne le permet plus. Nous rappelons à ce propos que votre ministre délégué au budget, Jérôme Cahuzac, s’est exprimé contre les partenariats public – privé qui coûtent, selon lui, « trop cher sur le long terme » et que le rapport Gallois vient d’émettre des préconisations drastiques en matière d’économie budgétaire.

Alors,  au  nom  du  développement  économique  équilibré  de  notre  territoire,  de  la sobriété des dépenses publiques, du maintien de l’activité paysanne et du ralentissement de l’artificialisation des terres et cela va de soi de la préservation de la biodiversité; il est temps de  réfléchir  à  une  nouvelle  option.  Cette  option  doit  garantir  le  maintien  de  Nantes-Atlantique et mieux encore proposer une optimisation et un renforcement de ses activités.

Par ce courrier, nous nous permettons de vous rappeler que notre collectif d’élus a engagé plusieurs recours : Notre collectif propose que le projet de Notre-Dames-des-Landes fasse partie de la révision à venir des grands projets dans le cadre de la commission mise en place  pour  revoir  le  Schéma  National  des  Infrastructures  de  Transport  (SNIT).  Nous
souhaitons  également  vous  faire  part  de  notre  inquiétude  sur  la  destruction  à  venir  d’une vaste zone humide. Un recours sera également déposé sur le respect de la loi sur l’eau si le Préfet prend un arrêté autorisant les travaux et la destruction des zones humides.

Nous  ne  pouvons  pas  conclure  cette  lettre  sans  vous  faire  part  de  notre  vive inquiétude  face  aux  récentes  opérations  policières  menées  sur  le  terrain.  Ces  opérations nous éloignent du dialogue que notre collectif d’élus a toujours souhaité porter aux seins des différentes institutions locales, régionales et nationales.

Nous sollicitons auprès de vous les efforts nécessaires pour recréer les conditions du dialogue par la nomination d’un médiateur.

Nous restons en conséquence, attentifs à la réponse que vous voudrez bien accorder à la présente.

Persuadés  que  vous  saurez  entendre  nos  vives  préoccupations,  nous  vous  prions d’agréer,   Monsieur   le   Président   de   la   République,   l’expression   de   notre   très haute considération.

Mahel Coppe, Pierre Gressant .

2 réponses à Lettre de 2 membres de la CeDpa à François Hollande

  1. Georges-Henri Clopeau dit :

    Les arguments sont extrêmement convaincants pour tout homme de bonne foi, indépendant par rapport aux engagements pris avec certaines entreprises. Est-le cas de notre Président ?

  2. GUILBEAU Anne dit :

    L’Avenir est dans le changement. Il est temps d’appliquer ce précepte aujourd’hui.

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